Cepicop – actualité – céréales: en froment, la dernière feuille… et la cécidomyie!

La protection à réaliser doit absolument prendre en compte l’alternance des substances actives pour préserver leur efficacité.
La protection à réaliser doit absolument prendre en compte l’alternance des substances actives pour préserver leur efficacité. - M. de N.

Les observations réalisées le 20 mai sur les variétés Alcides, Anapolis, Benchmark, Chevignon, Gedser, Graham, Kws Dorset, Nemo, Ragnar, Reflection et Rgt Sacramento dans un réseau de 39 parcelles situées dans les provinces de Liège, Hainaut et Namur révèlent que la dernière feuille est visible dans pratiquement toutes les parcelles. Certaines cultures sont au stade gonflement de l’épi voire même déjà à l’épiaison. Dans quelques localités et sur variétés sensibles uniquement, la septoriose est visible sur les étages foliaires supérieurs dans des parcelles non traitées. Des foyers de rouille jaune sont également observés tandis que la rouille brune apparaît doucement.

Coup d’œil sur les maladies

La septoriose est toujours présente dans le fond de la végétation de la plupart des parcelles mais dans certains cas, elle est visible sur les étages supérieurs de parcelles non traitées. Dans le Hainaut, elle a été observée sur 5 % des F1 sur variétés sensibles et 15 % des F2 sur variétés tolérantes mais la sévérité (pourcentage de surface foliaire atteinte) est très faible.

Selon le modèle Proculture, la septoriose n’a pas évolué de la même manière dans les différentes régions notamment en raison de l’hétérogénéité de la distribution des pluies. Dans les parcelles encore non traitées, cette maladie est en incubation sur les derniers étages foliaires des variétés très sensibles principalement dans des parcelles du Hainaut et également dans la région de Gembloux et de Pailhe. Dans les autres régions, elle reste à des étages inférieurs et atteint maximum la F2 sur variétés sensibles.

L’ oïdium est présent dans 13 parcelles du réseau. Dans certaines parcelles, il atteint la F2 mais à des fréquences et sévérités très faibles.

La rouille jaune est observée dans 13 parcelles du réseau. Des foyers importants sont observés depuis ces trois dernières semaines vu les conditions météorologiques idéales pour l e développement de cette maladie. Des foyers de différentes tailles sont donc visibles sur les variétés sensibles et très sensibles telles que Reflection ou Nemo. Dans les autres parcelles où elle est observée, la rouille jaune n’est présente que sous la forme de quelques pustules.

Quelques pustules de rouille brune ont été observées sur la F3 dans une parcelle à Mortroux en région liégeoise.

Protection: adopter la stratégie adéquate

Pour les parcelles au stade 37 et qui n’ont pas été traitées, un traitement peut être réalisé en cas de présence significative de rouille jaune (foyer actif) ou de septoriose (plus de 20 % des F3), sur variétés sensibles à l’une ou l’autre de ces maladies. Pour ces parcelles, un second traitement englobant l’ensemble des maladies sera réalisé 3 à 4 semaines après ce premier traitement. Si aucune maladie n’est observée sur la parcelle pour l’instant, la protection peut être reportée avec vigilance au stade 39.

Pour les parcelles ayant atteint le stade 39, dernière feuille complètement étalée, et qui n’ont pas encore été traitées, le traitement complet contre les maladies du feuillage peut être réalisé. Le produit ou le mélange sera choisi en fonction des sensibilités propres à la variété.

Pour les parcelles ayant atteint le stade 39 et qui ont déjà été traitées avant ce stade, un second traitement englobant l’ensemble des maladies est à réaliser 3 à 4 semaines après le premier traitement.

Des précipitations étant attendues cette semaine, dans le cas où le deuxième traitement est réalisé dans les prochains jours, il convient de prendre en compte le risque d’infection par la fusariose des épis sur variétés sensibles à cette maladie. Les situations à risque sont les cultures de froment (les épeautres sont généralement moins sensibles) de variétés sensibles dans lesquelles le travail du sol a été réduit et les froments (variétés sensibles) après froment ou maïs, particulièrement lorsque les cannes sont encore apparentes dans la parcelle. Le temps humide (orage…) favorise le développement de la maladie. C’est au plus tard entre le début et la mi-floraison (stades 61 à 65) que l’on peut intervenir si nécessaire. L’utilisation de prothioconazole est la plus indiquée pour lutter contre les deux types de pathogènes de la fusariose, mais s’il est utilisé en 39, d’autres molécules doivent être privilégiées pour ce traitement. Le tébuconazole et le metconazole sont, quant à eux, utiles uniquement contre les Fusarium spp.

Les substances actives préconisées dans un programme fongicide aux stades 32 et 33 ont été présentées dans notre édition du 17 mai.

Pour rappel, les SDHI ne peuvent être utilisées qu’une fois par saison.

Cécidomyie orange au rendez-vous

Les toutes premières cécidomyies orange ont été observées au cours du week-end dernier. Ces émergences de faible intensité répondaient aux pluies inductrices des 2 et 3 avril. Ces pluies, fort irrégulières, ont principalement touché l’ouest et le centre de la Wallonie. Le blé n’étant (sauf très rares exceptions) pas encore en épi, ces insectes n’ont commis aucun dégât.

Une deuxième pluie inductrice est survenue les 7-8-9 avril, et devrait provoquer des émergences cette semaine, d’autant plus abondantes que les pluies du 7 au 9 avril ont été importantes, c’est-à-dire plutôt dans le centre et dans l’est de la Wallonie. Cette deuxième vague d’émergence pourrait correspondre au début de l’épiaison dans les champs les plus précoces, et y constituer une menace.

Les pluies d’orage des dernières heures, en ameublissant la surface du sol, favorisent les émergences.

Que faire: en 4 points !

1.  Surveiller attentivement les stades phénologiques du blé. Tant que l’épi n’est pas visible (gaine éclatée), le blé ne risque rien.

2.  Lorsque les premières gaines éclatent, il faut se tenir prêt à intervenir en cas d’infestation importante. L’infestation se mesure vers 21h-22h, en frôlant les épis avec une baguette de 50 cm tenue horizontalement. Si ce geste provoque l’envol de plus de 30 cécidomyies orange par m², un traitement insecticide effectué tard le soir ou tôt le matin (dans la rosée) est recommandé.

3.  Aucun traitement insecticide n’est recommandé sur les variétés résistantes à la cécidomyie orange.

4. Une fois atteint le stade fin floraison, le blé n’est plus sensible à la cécidomyie orange.

Les attaques de cécidomyies orange devraient être nettement moins importantes que celles de l’année dernière. En effet, la sécheresse et la chaleur qui ont prévalu du 20 juin au 10 juillet ont tué la plupart des larves dans les épis. Seule la région de Gembloux a reçu assez de précipitations à cette époque critique pour permettre aux insectes de quitter les épis pour regagner le sol.

Nous suivrons attentivement la situation au cours des soirées de cette semaine, et nous invitons chacun à faire de même dans ses champs.

Toute observation jugée surprenante peut être signalée en envoyant un SMS au nº 0476/760.532. En cas d’évolution brutale, ou de niveau d’émergence exceptionnel, un avis sera immédiatement émis.

La liste des variétés résistantes et la liste des insecticides autorisés figurent sur le site www.cadcoasbl.be

Quant aux pucerons et criocères, une prospection dans une partie du réseau révèle que les populations sont très faibles. Les observations continuent la semaine prochaine.

A. Legrève, A. Nysten et C. Bataille

, coordination scientifique maladies ;

X. Bertel

, coordinateur Cepicop