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Lutte contre le mildiou de la pomme de terre: plus de quararante variétés robustes à l’épreuve du terrain à Gembloux

Le 28 août dernier, une visite de terrain était ouverte aux différents partenaires de la filière pommes de terre bio – culture, transformation et commercialisation. Objectif : leur permettre d’apprécier de visu la « robustesse » d’un large éventail de variétés de pommes de terre vis-à-vis des maladies et stress climatiques.

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Pour la deuxième année consécutive, un essai variétal de pommes de terre robustes a été mis en place par le Centre wallon de recherches agronomiques, sous la coordination de Max Morelle (également coordinateur de la cellule transversale de recherche en agriculture biologique), en collaboration avec la Filière wallonne de la pomme de terre (Daniel Ryckmans) et Biowallonie (Loes Mertens).

L’expérimentation comportait 40 variétés, soit résistantes soit fortement tolérantes au mildiou, en provenance de différentes maisons de plants (Belgique, Allemagne, France, Pays-Bas, Danemark et Grande-Bretagne) et destinées pour les marchés du frais et de la transformation. Les tubercules et les premiers résultats de l’essai ont fait l’objet d’une présentation sur le terrain, le 28 août dernier, avec toutes les précautions imposées par la crise sanitaire.

Une convention pour des pommes de terre robustes

Daniel Ryckmans rappelle qu’une convention sur la pomme de terre robuste (voir notre édition du 3 septembre) a été signée en 2018 aux Pays-Bas – où l’usage du cuivre est interdit depuis 2000 – pour une période trois ans. Sur le marché du frais, la couverture en variétés robustes dans le secteur bio y sera proche de 100 % à la fin de cette année.

Une convention a ensuite été signée dans notre pays en 2019 et court jusque fin 2021. La convention belge rassemble une centaine de signataires représentant tous les secteurs de la filière, depuis les obtenteurs jusqu’aux grands distributeurs, en passant par les producteurs, les transformateurs, les négociants… Deux acteurs tardent à s’impliquer dans cette convention : la transformation n’a pas signé pour la raison simple que la frite « bio » est presque totalement représentée par la variété Agria, qui n’est pas robuste. L’autre maillon quasiment absent de la convention est la grande distribution.

La sélection opérée au Cra-w a permis l’inscription d’une première variété «robuste» en 2017, Louisa, destinée à la transformation industrielle en chips.
La sélection opérée au Cra-w a permis l’inscription d’une première variété «robuste» en 2017, Louisa, destinée à la transformation industrielle en chips. - M. de N.

« Cela fait deux problématiques à résoudre, deux acteurs à sensibiliser d’ici la fin 2021. Une variété robuste alternative à Agria est donc vivement recherchée pour la transformation frite bio. Et par ailleurs, si nous voulons passer de 30 % de variétés robustes dans les productions bio en 2019 à 80 % et plus en 2021, c’est la grande distribution qu’il faut convaincre de favoriser cette gamme variétale », pointe Daniel Ryckmans.

Résultats d’enquête

En 2019, les résultats d’une première enquête réalisée par BioWallonie et la Fiwap ont montré d’une part que 33 % des variétés cultivées par le secteur bio de la pomme de terre en Wallonie étaient des variétés robustes. À noter que ce pourcentage a vraisemblablement augmenté cette année.

Par ailleurs, il ressortait également que les variétés robustes les plus présentes sur le marché du frais étaient Allians, Vitabella et Tentation.

Daniel Ryckmans, de la Fiwap (au centre de la photo): «D’ici la fin 2021, terme de la convention signées en Belgique, il convient de mener une action de sensibilisation forte pour une participation active de la grande distribution vis-à-vis de ces variétés robustes».
Daniel Ryckmans, de la Fiwap (au centre de la photo): «D’ici la fin 2021, terme de la convention signées en Belgique, il convient de mener une action de sensibilisation forte pour une participation active de la grande distribution vis-à-vis de ces variétés robustes». - M. de N.

Sur le marché de la transformation, Sévilla et Carolos constituaient le duo de tête dans la catégorie « robuste », mais ne représentaient qu’un infime pourcentage des variétés présentes, puisqu’Agria domine 90 % du marché de la frite bio.

À l’autre extrémité de la filière, la Fiwap a analysé les ventes de pommes de terre bio par la grande distribution  : de novembre 2019 à février 2020, soit au cœur de l’hiver – période durant laquelle les variétés en vente proviennent de Belgique et des pays proches. Il en ressortait que 56 % des pommes de terre commercialisées dans les supermarchés de notre pays étaient d’origine belge (essentiellement les variétés Allians et Connect), 23 % provenaient des Pays-Bas (Connect, Tentation et Vitabella), 10 % venaient d’Allemagne (aucune variété robuste) et 8 % étaient importées de France (Connect et Tentation).

Terre en bio sur le domaine du Cra-w

Morgan Abras, du Cra-w : l’essai consacré à cette étude de variétés de pommes de terre robustes est implanté sur des seules terres en bio pour les grandes cultures sur le domaine du Centre wallon de recherches agronomiques. La plantation a eu lieu le 27 avril. Le but étant d’identifier le niveau de résistance ou tolérance de chacune des variétés au mildiou, ainsi qu’aux stress abiotiques (sécheresse, chaleur). L’expérimentation exclut toute protection fongicide (ni au cuivre, ni avec aucun autre produit). Au jour de la visite, seuls deux traitements avaient été entrepris contre les doryphores, de même que deux interventions de désherbage mécanique. Le défanage déjà réalisé pour certaines variétés et à effectuer pour d’autres est également strictement mécanique.

Météo et expression du mildiou

Vincent César, du Cra-w : les conditions météo influencent comme chacun le sait les risques de développement du mildiou dans les cultures. La résistance à cette maladie majeure fait partie des caractéristiques propres à la robustesse des variétés, tout comme la capacité à bien se comporter dans des conditions de sécheresse, mais aussi de forte chaleur. Depuis 2017, les années se suivent et se ressemblent en termes de météorologie. À Gembloux, jusqu’à la fin août en tout cas, comme dans l’ensemble du pays, les conditions ont été favorables à l’observation du comportement variétal face aux deux derniers critères cités, mais beaucoup moins à l’évaluation de la résistance au mildiou.

Alice Soete: «Les objectifs du programme de sélection variétale mené par le Cra-w épousent idéalement ceux de la convention « pomme» de terre robuste«, à savoir: sélectionner  des variétés résistantes au mildiou et les mettre à la disposition du secteur.
Alice Soete: «Les objectifs du programme de sélection variétale mené par le Cra-w épousent idéalement ceux de la convention « pomme» de terre robuste«, à savoir: sélectionner des variétés résistantes au mildiou et les mettre à la disposition du secteur. - M. de N.

Concrètement, sur l’ensemble de la Wallonie, la pression de mildiou a été très faible, avec l’apparition de quelques premiers foyers au mois de juin localement. Sur la parcelle d’essai à Gembloux, quelques symptômes se sont manifestés très tard, soit le 23 juillet, sur quelques rares variétés.

À une échelle plus large, les essais baptisés Milvar menés chaque année par le Cra-w à Libramont et le Centre pour l’agronomie et l’agro-industrie de la province de Hainaut (Carah) à Ath visent à évaluer la résistance au mildiou des variétés et bénéficient d’une pression parasitaire plus forte via la présence de Bintje dans les champs d’essais, pour favoriser l’installation de la maladie et son développement. À Libramont, pendant les quelques périodes humides du mois de juin, des feuilles de plantes infectées au laboratoire ont été introduites dans les parcelles d’essai et ont favorisé le développement du mildiou, de sorte qu’il a été possible, fin juin et en juillet, d’observer et quantifier le comportement des variétés. Avec des variations très larges de destruction du feuillage : entre quelques % pour les « très peu sensibles » jusque plus de 90 % pour les « très sensibles ».

Étude qualitative des variétés robustes

Responsable du laboratoire d’analyse de la qualité culinaire et technologique des pommes de terre au Cra-w à Libramont, Alice Soete rappelle que ce laboratoire analyse entre autres toutes les variétés robustes testées à Gembloux et en fait le descriptif : le calibrage, l’aspect extérieur, les maladies éventuelles affectant la peau, la forme et régularité de celle-ci, les paramètres technologiques, tels que le poids sous eau, et sensoriels via des dégustations par du personnel spécialement formé.

Alice Soete coordonne également au Cra-w un programme de sélection variétale initié en 2005 dont les objectifs cadrent parfaitement avec ceux de la convention « pomme de terre robuste », à savoir : sélectionner des variétés résistantes au mildiou et les mettre à la disposition du secteur. « Ce travail a permis l’inscription d’une première variété en 2017, Louisa, destinée à la transformation industrielle en chips (teneur en matière sèche élevée, forme oblongue courte à ronde, yeux superficiels, bonne coloration à la friture, très bonne aptitude à la conservation, peu sensible au mildiou, ce qui permet l’impasse sur quelques traitements en début de saison). » Cette variété a été confiée au mandataire Comexplant depuis 2016. Une centaine d’ha en consommation ont été plantés cette année en Belgique.

Quarante-trois variétés sous la loupe au champ

Sous la conduite de Feriel Ben Abdallah (Cra-w), en charge de la conduite culturale de cette expérimentation sise à Gembloux, les visiteurs ont pris connaissance des résultats des prélèvements de tubercules réalisés pour chacune des variétés testées, durant la semaine du 24 au 28 août. Concrètement, étaient fournies des valeurs indicatives de poids sous eau et le poids moyen des tubercules par plante. Les résultats définitifs feront l’objet de publications ultérieures.

Pour la 2 e  année consécutive, un essai variétal a été mis en œuvre sur une terre bio  du Centre wallon de recherches agronomiques à Gembloux. En collaboration avec  la Filière wallonne de la pomme de terre et Biowallonie, le Cra-w évalue  ainsi «la robustesse» d’un large éventail de variétés.
Pour la 2 e année consécutive, un essai variétal a été mis en œuvre sur une terre bio du Centre wallon de recherches agronomiques à Gembloux. En collaboration avec la Filière wallonne de la pomme de terre et Biowallonie, le Cra-w évalue ainsi «la robustesse» d’un large éventail de variétés. - M. de N.

En outre, des tubercules de chaque variété (6 plantes prélevées par chacune des parcelles) étaient réunis dans des bacs, offrant ainsi aux visiteurs un aperçu de leurs caractéristiques extérieures.

Ces variétés se répartissaient comme suit :

1. hâtives :

– chair tendre ; Agila (BBS) ; Coquine (Sementis) ; Gaiane (Germicopa) ; Gatsby (Cygnet) ; Twinner (Agrico) ; Acoustic (Meijer) ;

– chair ferme : Allians (Europlant) ; Camillo (Geeersing Potato Specialist) ; Cereza (Agroplant) ; Fidelia (De Nijs/Norika) ; Goldmarie (Binst) sensible ; Maïwen (Clisson) ; Muse (HZPC) ; Tentation (Van Rijn) ; Vitabella (Plantera) ; Zen (Sementis) ;

2. plus tardives

– chair tendre ; Acoustic (Meijer) ; Alix (Gremicopa) ; Alouette (Agrico) ; Bionica (Niek Vos) ; Cammeo (Caithness Potatoes) ; Cephora (Sementis) ; Connect (Den Hartigh) très peu sens ; Delila (Germicopa) ; Dunastar (Royal Zap Semagri) ; Ecrin (Agrico/Desmazières) ; Jacky (Agrico) ; Levante (Agrico) ; Nectar (IPM) ; Sound (Meyer) ; Tinca (Danespo) ; Twister (Agrico) ; Yona (Germicopa) ;

– frites : Alanis (Interseed) ; Carolus (Agrico) ; Edony (Germicopa) ; Fob (De Nijs/Norika) ; Kelly (Germicopa) ; Lady Jane (Meyer) ; Sarpomira (Danespo) ; Sevilla (Niek Vos) ;

– chips : Beyonce (Agrico) ; Louisa (Comexplant) ;

– polyvalente, fritable : Otolia (Europlant) ;

Propos recueillis par M. de N.

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