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Éoliennes et peupliers: un traitement écologique opposé

Depuis une vingtaine d’années la mouvance écologique favorise l’implantation des éoliennes avec, depuis quelques années, un développement accéléré des moulins sans que les réticences initiales se manifestent. Des « comités de défense » de nos paysages ont d’abord mené de vives actions d’opposition à l’installation des « pylônes ailés » mais semblent aujourd’hui résignés. On ne compte pas moins de 85 éoliennes en Wallonie picarde, un territoire restreint, et d’autres sont en projet.

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On apprend maintenant que la plupart des éoliennes doivent être démantelées après 15 à 20 ans de fonctionnement avec toutes les conséquences que cela suppose au point de vue de l’élimination des « défunts moulins ». Le « repowering » des anciens parcs est un défi industriel en termes de recyclage. Quel est le bilan économique de ces constructions/déconstructions/reconstructions ? Qui sont les bénéficiaires de ces triples opérations ? Pourquoi peut-on modifier notre environnement sans quasi imposer de contraintes tant environnementales qu’économiques ?

Ces questions, les populiculteurs se les posent depuis plus de 30 ans et ainsi que l’opposition de ces mêmes mouvements écologistes, soutenus par les instances officielles qui n’accordent qu’un intérêt mitigé aux plantations de peupliers et surtout les excluent des mesures de soutien à la filière sous prétexte que le peuplier n’est pas une essence « indigène » et qu’il « dénature » nos campagnes.

Et pourtant, la majorité des peupleraies occupent des stations délaissées par l’agriculture, assurent la régulation du débit des ruisseaux et empêchent l’érosion des sols. Une peupleraie est un milieu qui favorise une flore et une faune diversifiée contrairement aux pessières ou hêtraies par exemple, véritables déserts floristiques et faunistiques (sauf les sangliers !).

Économiquement, la populiculture est une activité qui contribue plus que tout autre sylviculture à occuper une main-d’œuvre importante depuis la pépinière jusqu’à l’exploitation et cela sur un laps de temps d’une vingtaine d’années, assurant un rapide turn-over, sans matière à recycler car les rémanents reconstituent le stock de matière organique.

– Ne pouvons-nous pas parler d’une valorisation de la main-d’œuvre depuis la sélection jusqu’à la valorisation de produits finis techniques ou artistiques ?

– Ne pouvons-nous pas parler de l’évolution des haies incluant le peuplier sur une période de 20 ans ?

– Ne pouvons-nous pas avoir une meilleure garantie qu’il n’y aura pas de tonte au moment de la nidification vu la présence de cette essence à laisser s’élever ?

Ce que les écologistes se gardent bien de mettre en évidence, c’est le rôle important que le peuplier assure comme « puits de carbone ». Les bilans réalisés montrent que grâce à sa rapidité de croissance et à sa surface foliaire nettement supérieure aux autres essences, le peuplier est, vraisemblablement, le meilleur régulateur du climat. On ajoutera que les observations de la dernière décennie prouvent que le peuplier s’est très bien « accommodé » du changement climatique, ce qui est révélé par des accroissements nettement supérieurs depuis quelques années. Au contraire les chênes, hêtres, frênes et bien sûr les épicéas subissent de plein fouet le réchauffement climatique, soit par attaques fongiques ou d’insectes.

On ne comprend donc pas comment Madame Tellier, suivant en cela ses prédécesseurs, a exclu le peuplier hybride du bénéfice des subventions qu’elle accorde aux plantations des haies vives, taillis linéaires, vergers et alignements d’arbres pour lesquels les listes (interminables) d’espèces retenues, ne comprennent que les peupliers trembles, grisards et blancs et pas les peupliers hybrides alors que pour les autres essences forestières (chêne, hêtre, frêne, merisier, noyers, tilleuls, châtaignier, bouleaux, érables, ormes, saules) ainsi que les essences secondaires (prunellier, troène, genêt à balais, fusain, houx, églantier, ronce (?), cognassier (!!), groseilliers…) on trouve tout ce que la forêt compte d’espèces arbustives.

Pour la plantation en alignement, on ne relève pas moins de 29 espèces excepté le peuplier hybride, alors que les vergers peuvent accueillir 57 variétés de pommiers, 43 de poiriers, 30 de pruniers et 28 de cerisiers avec une majorité d’espèces « anciennes ».

On reste aussi interrogateur lorsqu’on compare l’influence paysagère des éoliennes en opposition aux alignements et plantations de peupliers. Que deviendraient nos campagnes si on supprimait ces mêmes alignements et les peupleraies des zones humides ?

Il y a en l’occurrence un ostracisme caractérisé.

Ing. Gilbert Picron

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