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Comète et corona: mise en abyme

Si ma grand-mère -une impatiente née en 1900- vivait encore aujourd’hui, elle dirait à coup sûr du coronavirus qu’on en parle « autant que de l’étoile à queue ».

Temps de lecture : 4 min

Petite explication. En avril et mai 1910, la comète de Halley, très visible et spectaculaire dans le ciel, avait stupéfié la population et suscité les pires craintes chez certains scientifiques mal inspirés. À l’époque, dans nos campagnes ardennaises, seuls quelques rares privilégiés lisaient le journal, et l’espace « médiatique » était occupé par les notables : curés, instituteurs, notaires…, lesquels relayaient les nouvelles du monde à leurs ouailles et faisaient ainsi la pluie et le beau temps. Les élucubrations des uns et des autres avaient fichu une trouille du feu de dieu aux braves paysans, surtout aux femmes, qui se rendaient chaque soir à l’église pour réciter mille prières, afin d’apaiser le courroux divin qui menaçait la Terre et l’humanité. La nuit du 12 au 13 mai, le panache de la comète forma un angle extraordinaire de 120º, et porta la sainte frousse à son paroxysme ! Le phénomène éblouissant s’éternisa durant deux mois, puis la météorite s’éloigna, et les gens finirent par rire de leur peur, et s’en voulurent d’avoir été ainsi manipulés, et tellement crédules. Ainsi, la formule de ma grand-mère s’imprima durablement chez nous dans le langage courant, pour désigner un sujet de conversation sensationnel et envahissant, pas vraiment sérieux et encore moins dangereux, et qui empêche de penser en rond. « On z’a n’è kasè ostan kè d’l’étoile à queue », disait-elle.

Depuis un an, la Covid-19 épouse une trajectoire semblable à la comète de Halley. On ne voit plus qu’elle dans le ciel des actualités, avec son immense panache médiatique déployé à 360º. Elle est au centre ou sous-tend toutes les conversations ; on raconte à son sujet tant de choses stupéfiantes et anxiogènes, qu’il est difficile de trier le bon grain de l’ivraie pour se nourrir de nouvelles fiables et objectives. Mais contrairement à l’inoffensive « étoile à queue » de ma grand-mère, la Covid tue pour de bon ! La maligne choisit ses victimes parmi les individus les plus fragiles ; la malfaisante se balade au gré des mouvements perpétuels de ses humains porteurs. Elle a surpris tout son monde et pris à froid nos sociétés modernes, tout autant sidérées, sinon davantage, que les populations de 1910 par la comète de Halley.

Nous baignons dans un halo de lumière noire depuis un an. Celui-ci a pourtant mis en perspective diverses vérités premières. Il a souligné le rôle de nos dirigeants politiques, lesquels détiennent toutes ces clefs que le bon peuple voudrait confier à des gens responsables, intelligents, pondérés, alors qu’ils apparaissent depuis douze mois comme des girouettes décisionnelles. Notre sécurité sanitaire est entre leurs mains ; contraints et forcés par des événements qui les dépassent, ils doivent prendre toutes sortes d’arrêtés « tyranniques », justifiés pour les uns, abusifs pour les autres. On ne sait trop jusqu’où va leur pertinence. La critique est aisée, l’art est difficile, et l’ascenseur émotionnel joue du yoyo…

Encore et surtout, le halo-corona a placé sous ses rayons révélateurs la grande vulnérabilité de l’Europe et de la Belgique vis-à-vis de l’approvisionnement en biens de grande nécessité : masques faciaux produits en Chine, produits pharmaceutiques, semi-conducteurs électroniques… Le besoin vital de garder une souveraineté nationale sur certaines productions est apparu comme une évidence, une nécessité impérieuse. Il a fallu cette crise pour qu’une illumination vienne frapper nos responsables, auxquels on se fiait sans doute un peu trop… Nous autres paysans pleurons et prêchons depuis des décennies, afin que soit rétablie une souveraineté alimentaire, une agriculture locale qui garantirait un approvisionnement en nourriture de nos compatriotes. Mais le vent de la mondialisation emporte nos paroles et secoue notre profession comme un arbre décharné dans la tempête.

Nous faisons pourtant partie de ces métiers dits « essentiels », auxquels on ne pouvait pas imposer de confinement ni d’arrêt de travail… Notre « étoile à queue » de 2020-2021 a capté dans son panache de lumière toutes ces professions dites « de base », méconnues, mal rémunérées au regard des services indispensables qu’elles rendent à la société dans des secteurs sous-financés et peu valorisés : soins de santé, propreté publique, alimentation, enseignement, sécurité, et bien entendu… agriculture.

En 1910, la comète de Halley a brûlé les regards sans les émerveiller, durant deux mois. Puis elle s’en est allée, abandonnant toute une population perplexe à ses questionnements, à ses frustrations. Quatre années plus tard, éclata une immense déflagration planétaire : la Grande Guerre de 14-18…

Comète et corona : signes des temps et de l’Histoire ?

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