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La fin de l’élevage en Wallonie

Pour aider un ami qui cherchait des chèvres du Toggenbourg, j’avais demandé à l’Awé une liste d’adresses d’éleveurs. Il m’a été répondu que l’Awé ne pouvait plus communiquer de telles informations en vertu du Règlement général pour la protection des données (protection de la vie privée).

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Cela m’a laissé bien perplexe car, si les associations d’éleveurs ne peuvent plus dire où trouver des reproducteurs, à quoi servent-elles encore ?

En tant qu’amateur de races anciennes, que ce soit des moutons ou des volailles, je pense que cela met leur survie en question, surtout celles qui sont encore détenues uniquement par quelques éleveurs passionnés. C’est tout un patrimoine génétique qui appartient à notre pays et qui a été façonné par nos aïeux qui va disparaître.

D’autres réglementations sont à l’avenant. Ainsi, sans l’avoir formellement entendu, je suis sûr que l’Afsca est opposée à l’abattage à domicile des lapins. Comme il n’existe plus d’abattoirs de lapins pour particuliers, je ne vois pas comment ceux-ci pourront encore élever ces animaux dans notre pays. Ce sont sept ou huit races flamandes et wallonnes qui vont disparaître. Il est probable qu’il est encore toujours permis d’élever des lapins à titre strictement privé. Mais cela veut dire qu’il faut manger du lapin tous les jours de l’année, matin, midi et soir.

Il est attendrissant d’entendre nos élus se soucier de la biodiversité, mais la législation qu’ils rédigent contribue à l’éradication de la biodiversité domestique.

J’en veux pour preuve qu’en Wallonie, il y a obligation de stériliser les chats. Logiquement, si tout le monde respecte cette règle, il ne devrait plus exister de chats d’ici quelques années dans notre pays. Ce seront les souris et les rats qui seront contents.

Autre preuve de cette extinction organisée : l’obligation de demander à l’administration communale un certificat attestant que vous n’êtes pas sur la liste des personnes condamnées pour maltraitance animale quand vous voulez acheter un chien, un chat, une poule ou même un poisson rouge. Beaucoup de personnes trouveront cela trop compliqué ou n’oseront pas, de peur d’être dans le collimateur, ou iront acheter à Bruxelles ou en Flandre si cette mesure est purement wallonne. Une façon comme une autre de contribuer au déclin des populations animales.

On pourrait se dire que tout n’est pas perdu et qu’à l’instar des arbres fruitiers haute tige et des haies, on pourrait retrouver ce qui a disparu. On donne bien, actuellement, des primes pour les replanter, alors qu’il y a 60 ans, on en donnait pour les arracher… Mais lorsqu’une race bovine ou autre a disparu, il n’y a pas moyen de la ressusciter. Certains parviennent à recréer des races, et il faut reconnaître leur maîtrise, mais ce qu’ils recréent, c’est le phénotype. Le génotype, qui seul a de la valeur, a disparu définitivement et il est impossible de le reconstituer.

Un jour, nous le regretterons quand nous n’aurons plus de moyens de subsistance et que nous aurons faim. Le jour où ils n’auront plus rien à acheter en magasin pour se nourrir, les gens seront bien démunis. Quand le petit élevage aura disparu depuis longtemps, aurons-nous encore les connaissances pour pouvoir vivre en autarcie en cas de crise majeure ? Si les pauvres gens ont survécu autrefois, c’est parce qu’ils envoyaient leurs enfants conduire la vache le long des chemins pour qu’elle broute les accotements. Mais actuellement, ce ne serait même plus possible avec tout le plomb que les échappements de voitures ont déversé. Pauvre de nous.

Jusqu’à présent, j’ai parlé du petit élevage, mais on peut se demander si l’agriculture professionnelle est mieux lotie. La biodiversité est mise en péril par la spécialisation de nos fermes. Quels sont encore les jeunes qui peuvent citer les races de vaches mixtes que nous avions dans notre pays ? Combien y a-t-il de pères à taureaux Holstein dans le monde ? J’ai lu autrefois que ce n’était qu’une centaine pour la terre entière, alors que la Holstein est la race majoritaire. J’espère que cela a changé depuis. À côté de cela, de nombreux élevages en Wallonie pourraient disparaître d’ici une dizaine d’années car, entre-temps, la plupart des fermiers auront atteint l’âge de la pension, et il n’y a pas de relève.

Les « amis » des animaux seront contents : il n’existera plus aucun animal domestique en Belgique et leur maltraitance sera donc automatiquement résolue, puisqu’actuellement, dès qu’on possède un animal, on est suspecté de maltraitance. Vous serez d’accord avec moi à ce sujet quand je vous aurai raconté ceci : lorsque l’Afsca est venue inspecter mes cinq moutons, son délégué a passé en revue une checklist où figurait notamment la question : « Est-ce que vous maltraitez vos bêtes ? ». Je n’ai pas répondu.

L’éberlué

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