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L’avenir de l’homme, c’est la femme

Papa d’une grande fille passionnée par l’étude de la condition féminine, je suis forcément contaminé par son féminisme, ou plutôt vacciné contre le machisme, avec de fréquentes piqûres de rappel. Ce 8 mars, journée marquée par elle d’une pierre blanche, j’ai été bombardé par ses courriels et messages, comme chaque année. Impossible d’oublier un jour pareil, lequel est également sa date anniversaire ! Et cette fois encore, elle m’a tiré les oreilles : on ne dit pas « Journée de la Femme » mais bien « Journée Internationale des Droits des Femmes ». Chaque terme a son importance…

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Pourquoi ce jour-là ? La légende parle d’une grève d’ouvrières américaines du textile, descendues dans la rue à New-York, un 8 mars 1857. Début du XXe siècle, en référence à cet événement stupéfiant, incroyable, inimaginable pour l’époque, les féministes socialistes européennes choisirent le mois de mars pour manifester et afficher publiquement leurs revendications. Le mouvement était particulièrement vivace en Allemagne. Ainsi, le 8 mars 1914, leur figure de proue Clara Zetkin s’adressa au parlement pour réclamer le droit de vote pour les femmes, et pour exhorter les « faucons » prussiens à calmer leurs instincts belliqueux. Le message des « colombes » féministes ne fut guère entendu… Trois années et quelques dizaines de millions de tués plus tard, le 8 mars 1917, des milliers d’ouvrières russes, faméliques et désespérées, défilèrent pacifiquement à Saint-Pétersbourg, pour réclamer du pain et demander le retour de leurs maris partis au front. La police du Tsar tira sur la foule, des centaines de femmes et d’enfants perdirent la vie. Cet épisode sanglant fut l’élément déclencheur de la révolution russe, qui éclata en octobre de la même année. Depuis lors, les féministes ont désigné la date du 8 mars comme « Journée Internationale des Droits des Femmes », consécration officialisée par l’ONU en 1977.

Hélas, cent ans après le massacre de Saint-Pétersbourg, en cette mâle année de grâce 2017, An I de l’ère Trump aux États-Unis, trop d’hommes croient encore que les femmes ne sont bonnes qu’à être attrapées «  by te pussy ». Sacré Donald, va ! Les disciples de sa religion machiste n’ont pas attendu son avènement pour mettre en pratique son conseil fervent : «  Grab them by the pussy », tel Joseph Staline, le petit papa cruel des peuples soviétiques, quand il ordonna en mai 1945 le viol méthodique des Allemandes par ses soldats. Femmes russes et allemandes ont payé le prix fort des bêtises de leurs hommes…

Aujourd’hui, l’Histoire repasse les mêmes plats sans se lasser, encore et encore, au Congo et ailleurs. De plus, des violences plus sourdes, mais non moins ravageuses, sont faites systématiquement aux femmes. La liste est trop longue pour être détaillée ici. C’est pourquoi, par exemple, 75 % des personnes indigentes sur Terre appartiennent au genre féminin, obligées de survivre avec moins d’un dollar par jour ! En ce qui concerne l’agriculture, un seul petit pour cent des terres arables (!!) appartient en propre à des femmes…

Ce dernier chiffre me laisse pantois, car si l’on considère l’ensemble de la planète, elles sont bien plus nombreuses que les hommes à travailler la terre et à élever des animaux. Pourtant, dans les pays du Sud, les femmes n’ont que très peu accès aux formations agricoles, dispensées à leurs machos (et fainéants) de maris. Elles ne possèdent pas de terre, et ne peuvent dès lors prétendre qu’à une part insignifiante des crédits au développement. Pourtant, ce sont elles qui plantent le riz dans les marécages du fleuve Niger, courbées sous un soleil de feu avec souvent un bébé dans le ventre et un autre attaché sur le dos ; ce sont elles qui récoltent le coton à la main, transporte l’eau dans des jarres posées sur leur tête, sur des dizaines de kilomètres ; ce sont elles qui décortiquent et pilent le millet au mortier, pétrissent la farine et cuisent la nourriture ; ce sont elles qui… travaillent en agriculture et pour leur ménage jusqu’à la mort.

Nul ne doit en douter : les femmes pourraient jouer un rôle crucial et salvateur dans la lutte contre la faim et la pauvreté, si les hommes leur donnaient accès aux ressources productives, au lieu de les maintenir en esclavage ! Aujourd’hui encore, le règne des ténèbres s’éternise pour les femmes : même les Grands de ce monde s’arrogent le droit de leur sceller un sort sans issue. Pourtant, des études agronomiques diligentées par la FAO et l’ONU ont démontré qu’il suffirait «  d’autonomiser de par le monde les femmes dans l’agriculture, pour améliorer de 30 à 40 % les rendements des exploitations, raccourci simple et intelligent dans le cadre de la lutte contre la misère en milieu rural » . En 1963, le poète français Louis Aragon a écrit : «  L’avenir de l’homme, c’est la femme. Elle est la couleur de son âme ». On lui doit également : « L’enfer existe. Il est la part du plus grand nombre »… et les femmes agricultrices y brûlent à petit feu. Enfin, pas vraiment les nôtres, du moins je l’espère…

Mais comme leurs sœurs africaines, sud-américaines ou asiatiques, nos compagnes occupent également un rôle crucial au sein de nos exploitations. Dans la plupart des cas, elles se chargent de la traite des vaches, des soins aux jeunes animaux, du fatras de formalités administratives, etc, etc. Pourtant, l’exploitation est au nom de leur mari ou compagnon ! Elles ne sont, dans le meilleur des cas, que « conjointes aidantes ». Pourquoi pas l’inverse : instituer des « conjoints aidants » ? Tous les courriers sont adressés à Monsieur. La femme devient invisible quand elle se marie : elle perd sont nom de famille et beaucoup d’autonomie. Le monde agricole, même chez nous, reste un bastion du machisme, inexpugnable et prégnant.

Pourtant, parmi la jeune génération, je connais bon nombre de passionnées pour l’agriculture, avec des projets originaux et innovants : brebis laitières, petit élevage, maraîchage, plantes aromatiques et médicinales… Ces jeunes dames n’ont rien à envier à leurs confrères masculins ; elles ont même davantage la fibre paysanne, colorée d’intuition et de sensibilité !

En agriculture, chez nous et partout dans le monde, n’en déplaise à Trump & Cie, à tous ces mâles «  pushy » (arrogants) au-delà de toute raison, la femme est l’avenir de l’homme, si on respecte ses droits élémentaires et légitimes…

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