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Ces chers polders…

En mai, fais ce qu’il te plaît. Il nous a plu, à mon épouse et moi-même, de prendre le bon air dans le Westhoeck, à quelques coups de pédale de la mer du Nord. Je l’avoue avec un peu d’embarras vis-à-vis de ceux qui ont des bêtes et font l’ouvrage tous les jours. Par contre, je le dis plus ostensiblement aux écolos, on n’a même pas pris l’avion pour y aller et là-bas, on a tout fait à bicyclette.

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J’ai un vélo « biologique » c’est-à-dire sans assistance électrique. Et un vélo « bio », c’est beaucoup moins cher et tellement plus sportif. Ceci dit, avec les années, on verra bien.

Côté mer, on a retrouvé les grands classiques : « mosselen, frietjes, wafels, biertjes, enzovoort… » Rassurez-vous, tout est dans les 2 langues. J’ai même l’impression que les vilains démons du communautarisme ont levé le camp pour se concentrer sur l’est de l’Europe. Tant mieux pour nous, malheureusement pour eux.

Côté terre, j’ai retrouvé ce qu’on a assez peu chez nous en région limoneuse : des terres très légères le long des dunes, puis, rapidement, des terres lourdes, argilo-humiques, encadrées par des canaux. Dans les sols sablonneux, pas de problème de sécheresse, l’irrigation est programmée au départ. Il y avait d’immenses champs de salades qui poussaient comme un seul homme, pareils aux régiments de l’armée russe qui défilaient ce jour-là sur la place rouge. Pas une feuille de travers. Pas vraiment le genre permacole s’éclatant comme un hymne à la biodiversité. Il est vrai qu’au niveau du nombre d’agriculteurs en culture biologique, 20 % sont en Flandres, 80 % en Wallonie.

Nous avons poursuivi la visite de l’arrière-pays via de superbes voies réservées aux vélos, longeant de multiples canaux. Le ciel n’était pas aussi bas que du temps de Jacques Brel. Aucun canal ne s’y est pendu et plus rien ne transpire l’humilité, même pas l’humidité vu la météo saisonnière marquée par le réchauffement climatique.

Les polders… C’est quand même dans ce type de sol qu’on a compris, sur le terrain, il y a plus de 35 ans, ce qu’est la biofertilité. C’est là que j’ai vu pour la première fois qu’on pouvait cultiver des betteraves presque sans azote, alors qu’on en mettait jusque 200 unités/ha dans mon coin. À mon niveau, ce sont les sucreries de Furnes (Belgique) et Lillers (Nord France) qui ont été les premières à communiquer sur l’extractabilité du sucre en betteraves, lorsqu’on mettait trop d’azote ou trop de potassium.

Dans ces terres riches en argile de qualité et en matières organiques accumulées, c’est par le drainage que l’agriculture a résolu la quadrature du cercle entre la texture, la structure, la gestion de l’eau et le travail du sol.

C’est là aussi que j’ai découvert la pertinence du facteur limitant, même s’il s’agit d’un oligo-élément. Son nom ? le manganèse. Dans ces sols fertiles, riches en matières organiques comme en minéraux, c’est la petite exception qui confirme la règle pour que tout fonctionne bien. Le manganèse, c’est le tendon d’Achille quand l’oxydation est maximale grâce à l’humus et à la floculation des argiles. Le peu de manganèse présent devient alors inassimilable, au moins temporairement, et des applications foliaires permettent de compenser.

Évidemment, nous en Wallonie, entre Boël, Clabecq, Cockerill et l’Arbed au Luxembourg, quelques générations d’agriculteurs ont bénéficié des scories de la sidérurgie. C’est scories résultant de l’extraction du fer étaient riches en phosphore, en chaux et avaient la réputation d’être riches en oligo-éléments. En fait, elles contenaient surtout 30 kg de Mn par tonne. Nos sols ont été fortement enrichis grâce à elles.

L’autre source de manganèse passe par la phytopharmacie. Le Mancozèbe, fongicide de contact, fut appliqué de manière répétée en pommes de terre et se dégradait en manganèse. À raison de 20 % de Mn/kg, les agriculteurs faisaient une fertilisation manganique sans trop le savoir.

Les scories, c’est fini depuis 30 ans et les fongicides contenant du manganèse viennent d’être supprimés. Ainsi va la vie.

De notre côté, nos vélos nous ont conduits au pied du Mémorial de l’Yser. Et là, retour au présent avec un immense champ de panneaux photovoltaïques, encadré par les canaux certes, mais aussi par une flopée d’éoliennes. C’est quand même un bel acte de foi dans la transition énergétique, avec sans doute un petit détour par la pompe à subsides.

J’ignore comment la Région Flamande gère ce volet très pragmatique de l’écologie. Je sais pour ma part que la Région Wallonne a déchiré les contrats d’octroi des certificats verts pour les particuliers ayant installé des panneaux solaires, les ramenant de 15 à 10 ans. Ce serait illégal dans le privé. Ce n’est qu’immoral quand il s’agit de l’État.

Je crois savoir aussi que lorsque les éoliennes seront en fin de cycle, la provision imposée aux opérateurs sera bien insuffisante. Sur base des devis qui circulent, les loyers engrangés pendant des années risquent fort d’être avalés par leur démolition. Encore une petite bombe à retardement qui pourrait générer quelques déceptions.

Ainsi va la vie. Finalement, la quadrature du cercle est peut-être plus facile à réaliser en agronomie qu’en politique.

JMP

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