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Réfléchir à 360º, est-ce vachement stupide?

Cinq heures tapantes à l’étable ! Ce jeudi 30 mars, nos vaches médusées ont cru à un deuxième changement d’heure, quelques jours seulement après le passage à l’heure d’été. Mais non, mes belles ! Nous allions ce jour-là au deuxième sommet des éleveurs à Libramont, consacré cette fois aux changements climatiques. Il fallait donc se lever tôt, soigner le bétail avant de partir. Heureusement, pas de vêlage imminent, ouf ! À 9h 30, nous franchissions sans encombre les portes du LEC, rétines à l’affût et tout ouïe pour écouter la bonne nouvelle délivrée par les invités de Libramont & Co.

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Cinq heures tapantes à l’étable ! Ce jeudi 30 mars, nos vaches médusées ont cru à un deuxième changement d’heure, quelques jours seulement après le passage à l’heure d’été. Mais non, mes belles ! Nous allions ce jour-là au deuxième sommet des éleveurs à Libramont, consacré cette fois aux changements climatiques. Il fallait donc se lever tôt, soigner le bétail avant de partir. Heureusement, pas de vêlage imminent, ouf ! À 9h 30, nous franchissions sans encombre les portes du LEC, rétines à l’affût et tout ouïe pour écouter la bonne nouvelle délivrée par les invités de Libramont & Co.

Le thème du jour était prometteur, et nous n’avons pas été déçus ! Autant le premier « sommet » (1er décembre 2016) m’avait irrité, trop trépidant et technocratique, autant la journée « Cultivons le Climat » m’a enchanté par son rythme paisible, et la pertinence de ses exposés. Divers conférenciers se sont succédé pour détailler et expliquer de manière simple les effets, les causes et les défis des changements climatiques. Rien de nouveau sous le soleil, mais les orateurs ont allègrement tordu le cou aux détestables poncifs qui pointent du doigt l’agriculture, comme grande émettrice de gaz à effet de serre. Nous ne sommes pas les plus mauvais élèves de la classe (9 % des GES) : le transport (15 % des GES) mérite le bonnet d’âne, et l’industrie ne vaut guère mieux…

À vrai dire, nous sommes tous coupables et tous responsables, mais l’agriculture a un rôle de premier plan à jouer, car elle occupe et gère une superficie importante des terres immergées. L’humus du sol est le plus grand réservoir de carbone de la planète (615 milliards de tonnes dans les 20 premiers cm, 2344 Mds de T jusqu’à une profondeur de 3 mètres) ! Les scientifiques ont calculé qu’il « suffirait » en théorie, d’augmenter chaque année de 4 pour 1000 le taux en C02 des terres agricoles, pour absorber les émissions globales de GES, et ainsi stabiliser l’effet de serre. Cette utopie (http://4p1000.org/) a le mérite d’exister, de mettre en évidence l’impact décisif qu’aurait une gestion intelligente de notre agriculture. J’en conviens, une partie des causes du réchauffement nous incombe, mais nous pouvons participer à la solution du problème, avec nos prairies-puits de carbone et l’adoption de comportements agro-écologiques de bon aloi. Comme l’écrivit Mark Twain : «  Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

Les différents orateurs ont donc adopté une « positive attitude », déblayé diverses pistes, et « élargi les champs du possible », pour reprendre l’expression du présentateur. L’intervention de Benoît Derenne, directeur de la Fondation pour les Générations Futures, m’a particulièrement parlé ! Pour gérer au mieux les changements climatiques, dit-il, nous devons sortir des « logiques de silo », où chaque pan de notre société travaille dans son coin. Logique économique ; logique environnementale ; logique sociale. Il faut relier les connaissances, les groupes d’individus, les initiatives, si l’on veut dénouer l’écheveau complexe des changements climatiques. Il faut « réfléchir à 360º», a-t-il martelé à diverses reprises ! La logique de profit, le règne de l’argent fou, causent des désastres irrémédiables et hypothèquent gravement l’avenir des générations futures. L’agriculture se trouve au centre du défi climatique. Ses différents rôles doivent être considérés à égalité, sans surpondérer l’un d’entre eux : rôle social (nourrir l’humanité, donner de l’emploi, animer la ruralité), économique (faire tourner l’argent, produire et consommer), environnemental (cycles du carbone, de l’azote…, jardinier de la nature et des paysages). Il faut changer notre manière de penser, d’agir ; il faut ouvrir son horizon à 360º, et non se contenter de regarder chacun dans son coin par sa petite fenêtre. Il faut écouter, respecter tous les acteurs, que l’on soit agriculteur ou non. «  Seul, on avance plus vite dans son domaine, mais ensemble, on va beaucoup beaucoup plus loin ! »

Cette ouverture d’esprit m’a fait chaud au cœur, et me conforte dans mes propres convictions. Ce genre de vision panoramique a justement manqué lors du premier Sommet des Éleveurs, trop axé sur l’angle économique, -rentabilité, efficacité, réalisme –, et que le meilleur gagne. J’espère que cette vision à 360º sera présente lors de la prochaine Foire de Libramont 2017, dont le thème sera justement « Cultivons notre Climat »…

PS : Durant l’après-midi, une table ronde entre divers acteurs de terrain a été interrompue par la montée sur scène de chemises noires « vachement stupides », disciples d’Istvan Marko, le célèbre climato-sceptique. Chacun est libre de ses croyances. Certains ne croient pas au réchauffement de la planète dû aux gaz à effet de serre, comme d’autres affirment que la Shoah n’a jamais existé, ou que les Américains n’ont jamais marché sur la Lune. En ce qui me concerne, je suis fermement persuadé que réfléchir à 360º n’est pas du tout « vachement stupide » !

Comme disait Tom Hanks dans Forrest Gump : «  N’est stupide que la stupidité »

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