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Tendre septembre

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« Quand vient la fin de l’été, sur nos pages… ».

Grandes vacances pour les uns, mois d’activités intenses pour les autres, juillet et août ont déroulé leurs longues journées à toute vitesse, comme chaque année. La « Grande Sécheresse » annoncée en début d’été n’a pas eu lieu, et c’est tant mieux ! Les pluies régulières de ces dernières semaines ont relancé la végétation, dans nos prairies et nos champs de culture.

Déjà, septembre est bien entamé ! La saison des dernières récoltes et des premiers semis s’annonce : arrachage des pommes de terres et des betteraves, ensilage du maïs, semis de colza, d’épeautre et autres céréales d’hiver. Généralement, la météo de septembre et d’octobre est plutôt clémente, avec de belles périodes d’un temps doux et relativement sec. Les orages ne viennent plus bousculer la torpeur des soirées trop chaudes, comme au mois d’août. Les deux mois à venir sont mes préférés : les animaux sont en prairie, le travail est moins pressant et nous laisse du temps pour réfléchir à 360, pour calculer et tirer les premiers bilans de l’année écoulée…

Les enfants sont retournés à l’école, et dans les familles, c’est encore une page qui se tourne, quand le benjamin entre à l’école maternelle, le cadet en primaire, et la grande à l’université. Le calme revenu incite à la réflexion, au détachement, à un certain « lâcher-prise ». Pas besoin de partir en vacances et de tout quitter ! Partir, en train ou en voiture, en autocar ou en avion : quelle horreur, en ce qui me concerne ! J’ai des nausées rien qu’à y songer ! Nous sommes si bien chez nous ! Je plains franchement les gens qui ont besoin de vacances pour décompresser, pour éteindre le burn-out qui les brûle par les deux bouts de la chandelle.

Comment peut-on en arriver là, chez les agriculteurs par exemple ? De plus en plus souvent, on me cite le cas de tel jeune ménage qui trait 200 vaches, de tel autre qui vêle 300 BBB ou détient 50.000 poules pondeuses. Je me dis : « Quel grand fainéant je suis !'» et en même temps je me demande : «  A-t-on besoin d’autant pour vivre ? ». Avec quatre fois moins d’animaux, les fermiers de ma génération ont fait honneur à leurs engagements financiers et ont dégagé un revenu suffisant pour nourrir leur famille et assurer une bonne scolarité à leurs enfants. J’ai sous les yeux l’aperçu comptable comparatif de la Direction de l’Analyse Économique Agricole, exercice 2015. Ô surprise, enfin demi-surprise : le revenu par unité de travail est meilleur dans les exploitations de taille moyenne. Lorsque la taille optimale est dépassée, l’agriculteur ne peut plus gérer correctement les paramètres sanitaires, et bonjour les dégâts ! La mortalité des animaux devient alarmante, la fertilité du troupeau est catastrophique, et les factures non-payées s’accumulent sur le buffet de la cuisine.

Trop, c’est trop. Et la vérité des chiffres ne trompe pas. Un papa me disait l’autre jour qu’il ne dort plus, depuis qu’il a appris que son fils avait accumulé des emprunts pour plus de deux millions d’euros. «  80 millions de francs belges, tu te rends compte ! » . Je comprends que certains éleveurs laitiers pètent carrément les plombs, quand ils reçoivent la fiche de paye du mois… et qu’ils veuillent partir en vacances pour fuir la réalité, l’espace d’une semaine ou deux. Mais tel un boomerang, les soucis leur reviennent en pleine figure, en accéléré.

D’où l’importance, en ce tendre septembre, de conseiller au mieux nos chères petites têtes blondes, dès leur plus jeune âge, quand ils reprennent le chemin de l’école. À nous de les guider vers des chemins tranquilles ! Apprend-on dans les écoles à se méfier de la démesure, à garder les pieds sur terre, à ne pas avoir les yeux plus grands que le ventre ? Permettez-moi d’en douter…

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